jan 07

Carrotmob: la consom’action qui joue intelligemment la carte du profit

 

logo_CarrotmobA l’occasion de la Semaine de la Finance Responsable en novembre dernier, plusieurs articles dans la presse française ont cité Carrotmob comme un cas d’école particulièrement efficace pour orienter le profit vers des buts sociaux et environnementaux. Nous avons contacté Anaïs Amazit, co-organisatrice d’un grand Carrotmob à Paris, et après quelques échanges de mail elle a accepté de présenter Carrotmob et de partager quelques idées pour développer la responsabilité des entreprises et des citoyens. Entretien :

Tu as été co-organisatrice du Carrotmob à la Bellevilloise le 6 avril 2012 dernier à Paris. Carrotmob, c’est une nouvelle façon de consommer… Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Carrotmob permet d’acheter des produits dont la recette servira à rendre plus écologique l’entreprise bénéficiaire. En effet, l’entreprise où le Carrotmob est réalisé s’engage à réinvestir une partie ou la totalité du montant des recettes, au sein de son propre commerce, afin de rendre celui-ci plus écologique (par exemple, en achetant du matériel plus respectueux de l’environnement). C’est ce qu’on appelle du « buycott », une forme d’activisme des consommateurs qui récompense l’engagement qu’a pris une entreprise, en tendant donc la carotte et non le bâton !

Le concept est né aux Etats-Unis, peux-tu nous expliquer comment c’est arrivé en France, et ce qui t’ a fait rejoindre le mouvement ?

Le concept est né précisément à San Francisco, en Californie, autour de 2008. Il est ensuite arrivé en France, à l’initiative du Rennais Florian Guillaume, président de l’association CarrotCommunity.
En tant que « consom’actrice », j’ai été attirée par le concept, simple et original ; c’est ce qui m’a poussée à rejoindre le mouvement.

Le Carrotmob de la Bellevilloise a été un énorme succès, c’est le record mondial de fonds collectés pour une entreprise. Qu’est-ce que tu as le plus apprécié dans l’organisation de cet évènement?

J’ai particulièrement apprécié l’engagement de la Bellevilloise à dédier la totalité des recettes de l’événement au Carrotmob, ce qui a simplifié la phase de négociation.

RSE sans frontières agit pour sensibiliser et former la future génération de professionnels et d’entrepreneurs, notamment en intervenant dans les universités. Avais-tu été en contact avec des idées de développement durable, ou des modèles économiques innovants, pendant tes études?

Après une licence en Langues Etrangères Appliquées à la Sorbonne, j’ai ensuite intégré une école de commerce, SKEMA Business School. Ce n’est que dans cette seconde phase de mes études que la RSE et le développement durable ont été quelque peu abordés lors de certains cours.
Cela ne me semble clairement pas suffisant et je pense qu’il est primordial que ces concepts, de même que l’économie sociale et solidaire, soient intégrés à part entière dans les programmes scolaires. C’est d’ailleurs un engagement qu’a récemment pris le Ministre délégué à l’économie sociale et solidaire, Benoît Hamon.

Comment penses-tu qu’on pourrait mieux former la jeune génération à penser « carotte » plutôt que « bâton », pendant les études ?

Je pense qu’il faut commencer par encourager la coopération et non la compétition dès le plus jeune âge, dans toutes les sphères de la vie de l’enfant, et plus tard, dans ses études. Être ouvert sur le monde et sur les différentes pratiques (culturelles, sociales, économiques) qui existent, encourager les étudiants à développer leur esprit critique, mettre l’accent sur les choses positives qui existent, sans occulter les mauvaises pour autant.

Est-ce qu’il y a de ton point de vue d’autres actions du type Carrotmob qui pourraient être mises en place pour accélérer la transition vers des entreprises durables ?

Je ne connais pas d’autres actions du type Carrotmob. Je pense que, pour accélérer la transition des entreprises « classiques » vers plus de responsabilité socio-environnementale, cela doit passer par des mesures juridiques plus contraignantes.

Enfin, quand penses-tu organiser un nouvel évènement Carrotmob ? Où et quand ?!

Un Carrotmob à Paris s’est déroulé chez Monsieur Poulet, le 06 octobre dernier. Canal + avec l’équipe de Pauline Lefevre nous ont fait l’honneur de leur présence (http://vimeo.com/51735316 ).

Il y a un Carrotmob numérique en cours jusqu’au 20 décembre et un autre prévu à Rennes le 18 janvier !
Toutes les actus sont sur le site www.carrotcommunity.org et sur les réseaux sociaux.

Facebook Carrotmob Paris : Carrotmob.Paris
Facebook Carrotmob France : Carrotmob France
Compte Twitter: @CarrotCommunity

 Merci beaucoup Anaïs pour ces réponses et idées! Bonne année durable 2013 à toutes et à tous !

 

jan 02

Bonne année 2013 !

RSE sans frontières vous souhaite une bonne année 2013, pleine de joie, de bonne humeur et de bon temps avec vos proches !

Nous serons de retour le lundi 7 janvier 2013, après une bonne coupure pour nous ressourcer!

Nous espérons que vous avez pris le temps de faire un petit bilan et de dresser quelques objectifs, personnels, professionnels… pour les prochains mois. Si vous prenez des nouvelles résolutions en ce 1er janvier, rappelez-vous de cette petite histoire :

– janvier est le mois de la passion, beaucoup de nouvelles têtes sur les tapis de courses dans les salles de gym, beaucoup de nouvelles tenues de sport;

– février est le mois de la discipline: celles et ceux qui tiennent encore leurs résolutions à cette période sont ceux qui s’appliquent une discipline rigoureuse, parfois en se forçant un peu;

– avril est le mois de la pratique : les résolutions tenues sont celles qui sont passées de la contrainte à la pratique naturelle, que l’on fait parce qu’on en apprécie l’exercice en lui-même autant que le résultat final.

Et vous, quelles seront vos pratiques de développement durables aujourd’hui, demain et après-demain?

Passez une excellente année 2013 !

 

l’équipe RSE sans frontières

août 03

Commerce international et RSE en Bolivie

Le 8 Juin 2012, nous avons rencontré une responsable de projets en matière de RSE à l‘Institut bolivien du Commerce international (IBCE en espagnol: Instituto Boliviano de Comercio Exterior).

L’IBCE a été fondé en 1986 conjointement par cinq chambres régionales de commerce, sa mission principale étant d’apporter un soutien technique aux entreprises exportatrices. Depuis cette date, il a également aidé les entreprises à équilibrer leurs exportations et des importations, et les soutient dans leurs relations avec le gouvernement.

Ces dernières années, l’IBCE a également participé à plusieurs discussions commerciales internationales avec des gouvernements étrangers, fournissant son expertise, et a aussi aidé à former un projet ad-hoc avec la Suisse pour soutenir les entreprises boliviennes ciblant le marché suisse. L’IBCE travaille avec de nombreux secteurs, incluant mais sans s’y limiter, la production de canne à sucre, de coton, bois, lait, huile végétale, et l’exploitation minière.

Le PIB de la Bolivie a augmenté de 6% en 2011, même si la crise financière mondiale a ralenti les exportations vers l’Union européenne et les États-Unis. L’UE reste le premier client pour une douzaine de produits d’exportations : pour les denrées alimentaires comme le café ou le cacao, et les produits manufacturés tels que des vêtements et des bijoux. Etant privée d’accès à la mer, la Bolivie subit un coût de transport élevé pour utiliser les ports de commerce des pays voisins, qui sont à la fois des partenaires et des concurrents commerciaux. A l’intérieur des frontières, une partie importante de la population active travaille dans le secteur informel, en particulier les jeunes et les femmes (l’ONU estimait en 2010 que plus de 30% de ces populations travaillent avec un emploi informel, le chiffre réel pourrait être encore plus important). Sur les emplois formels, les employeurs ont tendance à essayer d’éviter de payer des impôts: un système commun est que les travailleurs reçoivent leur salaire en deux parties, l’une officielle qui génère des revenus fiscaux pour le gouvernement, l’autre payée en numéraire sous la table. Dans l’ensemble, l’IBCE comme plusieurs organisations internationales (Banque Mondiale, …) considèrent que la corruption est un problème endémique en Bolivie et touche la plupart des secteurs d’affaires. Les organisations internationales qui prêtent des fonds pour des projets d’infrastructure scrutent les dépenses attentivement, pour tenter de combattre la corruption. Des progrès ont été faits ces dix dernières années grâce à des lois étatiques forçant plus de transparence sur le secteur privé et les fondations.

Le développement durable est devenu un sujet plus pressant pour les entreprises boliviennes qui souhaitent exporter leurs produits vers des marchés exigeants et présentant des barrières à l’entrée sur des critères de qualité et de transparence,  comme c’est le cas avec l’Union européenne. Les producteurs de canne à sucre sont régulièrement concernés, car le travail des enfants est une réalité permanente dans ce secteur. C’est pourquoi l’IBCE a développé des services dédiés à la responsabilité sociale des entreprises. L’IBCE communique régulièrement sur la RSE dans les affaires, la responsabilité dans la chaîne de valeur et les meilleures pratiques sociales, à travers des supports de type presse spécialisée et des événements. Pourtant, la plupart des entreprises contactent l’IBCE seulement quand elles sont confrontées à des problèmes, généralement un conflit avec les communautés environnantes.

Aujourd’hui, l’IBCE dispose d’un portefeuille complet d’outils et de projets à mettre en œuvre avec les entreprises, selon leur situation, mais on peut dégager l’approche générale suivante:

# 1 Convaincre l’entreprise que les pratiques habituelles, prime ponctuelle aux travailleurs ou pot de vin au chef de la communauté, ne sont pas à leur avantage sur le long-terme, et commencer à rechercher une solution plus durable pour toutes les parties impliquées.

# 2 Financer un programme de transformation. Les fonds demandés à l’entreprise sont souvent complétés par des subventions de fondations et/ou de l’IBCE.

# 3 Offrir à l’entreprise des outils pour suivre ses propres travaux et communiquer sur ses progrès, tels que la certification sur les normes nationales ou internationales.

# 4 L’IBCE accompagne les entreprises dans la durée, avec des conseils techniques sur leur métier et sur l’import/export. La certification est un outil efficace, car elle encourage les entreprises à maintenir l’effort.

Cette démarche est appliquée sur un nombre croissant de projets depuis 2006. Le point de vue des entreprises évolue petit à  petit, et des sujets tels que le travail des enfants ou le travail forcé sont moins tolérés qu’auparavant. Le travail des enfants est le sujet le plus sensible chez les partenaires commerciaux potentiels de la Bolivie, c’est pourquoi l’IBCE a développé des projets spécifiques. Dans l’ensemble, les principaux problèmes liés à la responsabilité des entreprises boliviennes sont liés aux conditions de travail.

Encore aujourd’hui, la tendance générale est que les entreprises boliviennes ne s’intéressent à la notion de RSE que lorsqu’elles sont confrontées aux conséquences commerciales d’un problème social ou environnemental.

Remarque: puisque l’IBCE travaille uniquement avec des entreprises boliviennes, de toutes tailles, mais pas avec des groupes étrangers ni avec leurs filiales locales, la description des travaux ci-dessus s’applique uniquement aux entreprises boliviennes.

 

août 01

Là où le changement travaille : interview avec Andre Maciel, du Hub de Belo Horizonte

Nous nous sommes rendus à Belo Horizonte au Brésil pour découvrir le HUB qui vient d’y ouvrir ses portes, grâce à Andre Maciel et à ses partenaires. Découvrez comment Andre a créé le Hub à Belo Horizonte et comment ce nid pour entrepreneurs sociaux peut les aider.

Pourquoi créer un HUB à Belo Horizonte ? Et comment cela a-t-il pu être possible ?

Nous sommes trois co-fondateurs du HUB à Belo Horizonte. Nous étions malheureux avec nos carrières, et nous recherchions un moyen pour donner plus de sens à nos compétences. Puis nous nous sommes rendus compte que nous n’étions pas les seuls, et que nombreux étaient ceux qui étaient dans la même situation. C’est pour cette raison que nous avons décidé de créer « quelque chose » qui puisse donner de l’inspiration mais aussi soutenir ceux qui voulaient faire évoluer leur carrière pour mieux correspondre à leurs valeurs et répondre aux besoins du monde. Après avoir comparé de nombreuses organisations, nous avons réalisé que le Hub n’était pas seulement un bel espace, mais aussi une communauté de personnes qui faisaient exactement ça. Donc en 2010 nous avons pris notre décision – il fallait amener le Hub à Belo Horizonte !

Est-ce que tu t’intéressais déjà au social business avant de créer le Hub ?

Oui, j’avais appris à connaitre ce sujet lorsque je travaillais avec l’AIESEC. J’ai créé une entreprise sociale quand j’habitais en Inde. L’objectif de MyChoice est de faire découvrir le développement durable aux jeunes de 10 à 16 ans, à Bangalore dans le Sud de l’Inde. Ce projet s’est bien développé et Kurt, l’un des co-fondateurs, l’a exporté vers le Canada et le Pakistan. Il s’appelle aujourd’hui MyWorld MyChoice.

Combien d’entrepreneurs ont rejoint le Hub ? Quels types de projet développent-ils ?

Nous avons ouvert nos portes au mois de mai, et quarante entrepreneurs travaillent aujourd’hui avec nous. On peut trouver des projets dans le domaine du développement durable, de l’éducation, de la protection de l’enfance, du commerce équitable, etc.

Peux-tu décrire quelques exemples de projets en cours au Hub en ce moment ?

Nous avons participé aux Global Dialogues pour la conférence des Nations Unies Rio+20. Nous avons organisé une concertation sur une grande place de Belo Horizonte pour faire remonter le point de vue des habitants de la ville sur « l’avenir que nous voulons ». Le résultat de cette concertation a été associé à des dizaines d’autres organisées dans le monde entier avant la conférence, et présenté en plénière.

Nous avons créé un projet pour développer les capacités d’un quartier à bas revenus près de Belo Horizonte, pour qu’ils puissent construire eux-mêmes ce dont ils rêvent. Puis nous venons de lancer l’école d’hiver du Hub qui se déroulera les deux dernières semaines d’août. Il s’agit d’ateliers variés, sur l’entrepreneuriat local par exemple, le design thinking pour le changement social, la danse ou encore les méthodes pour créer son propre compost à la maison !

Le Brésil vient d’accueillir le sommet Rio+20. Est-ce que tu considères ton pays comme un terreau favorable au développement durable et au social business ?

Personnellement j’ai été déçu par les résultats du sommet. Mais le mouvement créé par la société civile en tant que sommet parallèle était très impressionnant et a montré que de plus de plus de gens savent que nous devons changer notre mode de vie si nous voulons encore être présents sur Terre. Je pense que le Brésil doit jouer un rôle important dans le développement durable, mais nous avons encore beaucoup à faire – notamment en matière d’éducation.

Comment vois-tu le Hub Belo Horizonte dans dix ans ?

Je nous vois avec plus d’un espace en ville, une large communauté professionnelle, reconnue comme l’endroit où il faut être pour créer des entreprises innovantes qui peuvent répondre aux besoins sociaux. Il est très probable que le monde ait beaucoup changé d’ici là – les choses évoluent de plus en plus vite – et j’espère que ce sera pour le mieux.

 

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