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Entrepreneuriat social au Vietnam : faut-il avoir la marque « entrepreneur social » pour en être un (aux yeux des autres) ? » RSE sans frontières

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jan 29

Entrepreneuriat social au Vietnam : faut-il avoir la marque « entrepreneur social » pour en être un (aux yeux des autres) ?

Après un premier contact avec le Vietnam, nous avons rencontré des professionnels de la RSE et de l’entrepreneuriat social dans deux organisations, SPARK et GreennoCom.

SPARK a été créé par l’Agence néerlandaise pour le développement (SNV) en 2010. Cette initiative pionnière a pour mission de répondre aux enjeux sociaux au Vietnam en apportant son soutien aux entrepreneurs sociaux, en les aidant à se développer, à atteindre de nouveaux marches et à lever des fonds, afin de leur permettre d’améliorer leur impact sur la qualité de vie au Vietnam. SPARK développe l’entrepreneuriat ainsi que le marché lui-même, grâce à des programmes de renforcement du marché. SPARK est l’une des deux organisations de promotion de l’entrepreneuriat social au Vietnam, avec le Centre pour la Promotion des Initiatives Sociales (Center for Social Initiatives Promotion – CSIP).

La mission de SPARK est de soutenir les entrepreneurs sociaux qui peuvent répondre efficacement à des enjeux locaux, et qui ont un potentiel de croissance pour développer leur impact. L’organisation propose des services de tutorat, ainsi que de la mise en réseau avec  des investisseurs et des prestataires de service. Elle est à l’origine d’un appel à projets pour le programme de tutorat des entrepreneurs sociaux : SPARK et ses 15 ambassadeurs à travers le pays aident les candidats sélectionnés à trouver des investisseurs et des partenaires, au Vietnam et à l’étranger. 7 entreprises ont été choisies parmi 200 candidats en 2011. Elles opèrent dans les secteurs suivants : éducation, santé, développement social local, et gestion des déchets (des eaux usées en particulier).

GreennoCom est un cabinet de conseil et une agence de communication, qui propose des services de formation et d’études de marché, spécialisé dans le business vert et les solutions durables. L’entreprise est à l’origine du programme « Young entrepreneurs and sustainability education (YESE) » – éducation des jeunes entrepreneurs au développement durable – financé et soutenu par l’UN-Habitat et le CSIP.

GreennoCom comme SPARK nous ont appris que la RSE et le social business étaient en train d’émerger au Vietnam, et gagnaient progressivement de l’importance. Très peu d’exemples de pratiques RSE peuvent être trouvés parmi les entreprises vietnamiennes cependant, la plupart des études de cas sur ce sujet au Vietnam étant consacrés à des entreprises internationales, notamment japonaises. Pour en savoir plus sur la RSE au Vietnam cliquez-ici (en anglais).

Quant à la formation, il n’existe pas à l’heure actuelle de cursus ou de cours dédiés à la RSE ou au social business. Nous avons organisé deux ateliers au Vietnam, à Hanoi l e 26 novembre et à Ho Chi Minh Ville le 14 décembre 2011, dont les participants avaient déjà entendu les expressions « développement durable » ou « RSE » mais ignoraient ce qu’elles désignaient concrètement. Certains avaient déjà entendu parler d’actions en faveur de l’environnement mis en place par de grandes multinationales, et d’autres connaissaient l’entreprise sociale qui fait la fierté des ONG vietnamiennes, Koto , mais aucun ne connaissait le triple bilan (social, économique et environnemental).

Faut-il en conclure que les entreprises vietnamiennes se développement de manière “irresponsable”, et que le développement du pays est loin d’être « durable » ? Le Vietnam doit faire face à un certain nombre de défis dans ce domaine : la pollution de l’air, la gestion des eaux usées, la pauvreté, les droits de l’homme, la corruption… Mais le pays bénéficie aussi de facteurs culturels qui favorisent un comportement durable des individus et des organisations. Une forte influence bouddhiste, ainsi que le sentiment de devoir envers la famille et le village, encourage les individus à faire preuve de compassion et d’humanisme, mais les empêche de « marchander » en utilisant leur travail – et l’argent qu’ils gagnent – pour acheter de bonnes actions dans cette vie. Chacun doit avoir un comportement altruiste et moral mais ne doit pas utiliser les bonnes actions comme autant de bons points à accumuler pour acheter une meilleure vie après sa réincarnation. L’histoire contemporaine conflictuelle du Vietnam a fait naitre une tradition d’entraide et de solidarité qui peut aussi expliquer le fort développement des ONG dans le pays.

Alors comment se fait-il qu’il soit si difficile de trouver des exemples de bonnes pratiques de développement durable dans les entreprises vietnamiennes, alors que la culture locale semble les encourager ? L’explication la plus satisfaisante est que les entreprises vietnamiennes, quels que soient leurs actions et leurs impacts, n’ont pas tendance à se décrire comme « sociales », « durables » ou « responsables ».

L’esprit entrepreneurial est très fort au Vietnam, parmi les jeunes comme parmi les plus âgés, et nombre de personnes rêvent par exemple d’ouvrir un magasin pour leur retraite. Le gouvernement a mis en place en 1986 un programme de rénovation économique, le Doi moi, pour créer, derrière le paravent d’un Etat socialiste, une économie de marché, tandis que toute une série de réformes structurelles se mettaient en place pour mettre fin à la stagnation économique du pays (Nguyen, 2002). L’Etat ne propose plus depuis d’emplois à vie, et la transition vers l’économie de marché s’est traduite par une hausse du chômage. Par conséquent les jeunes ont été encouragés à créer leur propre emploi (Boothroyd and Pham, 2000). On estime que plus de 70% de ceux qui ont quitté le secteur public à cause de ces réorganisations ont rejoint le secteur privé en créant de petites entreprises ou en étant embauché par de petits entrepreneurs (Le and Rondinelli, 1993, p. 9).

L’entrepreneuriat lui-même est encore en développement. Le Vietnam s’est converti à l’économie de marché au début des années 1990 et le secteur privé est encore en train d’émerger. Il est aujourd’hui très concentré géographiquement dans les deux grandes villes du pays, Hanoi et Ho Chi Minh Ville, qui regroupent 40% des entreprises du pays (Steer and Taussig, 2002).

Parmi tous ces entrepreneurs, quelques-uns considèrent leur entreprise comme une forme de contribution à la société, et peuvent chercher à l’utiliser comme un outil pour répondre à une question sociale. Mais ils ne se désignent pas comme des entrepreneurs « sociaux » le plus souvent : comment endosser un nom sans jamais en avoir entendu parler à l’école ou à l’université, et qui circule à peine dans le pays ?

Mais l’entrepreneuriat social est bien en train de devenir populaire : SPARK a reçu 200 candidatures pour son programme de tutorat, et YESE initié par GreennoCom a réuni plus de 60 étudiants au cours des deux dernières années. Reste que les entrepreneurs sociaux potentiels peuvent n’avoir jamais entendu parler du concept, en particulier s’ils ne parlent pas anglais ou s’ils sont situés hors de Hanoi et de Ho Chi Minh Ville.

Prenons par exemple le cas de Koto, qui a débuté en ouvrant un stand de sandwichs à Hanoi en 2000. Ce stand n’avait pas reçu à l’époque le titre de « social business », mais faisait déjà une différence majeure dans la vie d’enfants des rue de Hanoi. C’est aujourd’hui l’exemple le plus connu d’entrepreneuriat social au Vietnam, et son fondateur Jimmy Pham a reçu le prix du “Young Global Leader » remis par le forum économique mondial en 2011. L’histoire de Koto fait désormais partie des success story d’entrepreneurs sociaux ayant fait la une plus d’une fois. C’est l’un des exemples qui fait rêver et qui inspire les entrepreneurs sociaux du monde entier.

Alors faut-il vraiment être appelé, voire même labellisé, entrepreneur social pour en être un aux yeux des autres, et faire partie de la légende ? Le titre en soi a un pouvoir inspirant et donne un sentiment d’identité et d’appartenance à un groupe qui peut en encourager plus d’un. Le réseau, les organisations qui cherchent à développer une nouvelle façon de faire des affaires peuvent être d’une grande aide aux entrepreneurs sociaux. Mais quid de tous ceux qui n’ont pas la moindre idée de leur titre potentiel, et qui restent à l’écart de ce réseau, des débats passionnés, et qui ne reçoivent pas le moindre soutien de quelque organisation que ce soit ? N’est-ce pas le cas de la plupart des entrepreneurs dans le monde, dont on n’entend jamais parler, en particulier dans les pays à forte tradition altruiste ?

D’un autre côté, est-il raisonnable d’espérer que les entrepreneurs puissent survivre à l’avenir s’ils n’appliquent pas les principes du développement durable, et s’ils n’ont pas qu’un bilan économique, mais aussi social et environnemental ? La fondation Kauffman  et le centre du MIT pour l’entrepreneuriat  refusent l’appellation « entrepreneur social » pour cette raison, arguant d’un pléonasme.
Par conséquent, l’entrepreneuriat social est-il un concept faussement nouveau et déjà périmé ? Ou bien est-il seulement innovant dans les pays occidentaux, quand tant d’entrepreneurs asiatiques considèrent naturellement qu’ils ont une responsabilité envers leur famille mais aussi envers le reste de ceux qui entourent leur entreprise ?

 

 

A propos de l'auteur

Jean