juil 11

Peruventures et le micro-entrepreneuriat contre la pauvreté au Pérou

 

Peruventures est une organisation péruvienne à but non lucratif qui développe l’entrepreneuriat. L’association a été créée en 2008 et pense que l’entrepreneuriat est une solution contre la pauvreté. Six consultants expérimentés notamment en management travaillent pour Peruventures, ainsi que des bénévoles.

 

 

L’entrepreneuriat est populaire au Pérou, mais les entrepreneurs manquent souvent de compétences en gestion et en management, et ne savent pas gérer une entreprise. D’un point de vue administratif, il est relativement simple de créer une entreprise au Pérou, l’entreprise peut avoir une existence légale en quelques jours – bien que le processus puisse prendre plus de temps hors des grandes villes.

Ce sont les pouvoirs publics locaux qui font appel à Peruventures pour organiser des programmes de formation à l’entrepreneuriat. Les projets durent environ six mois, et sont ouverts à tous. Tous ceux qui sont intéressés pour créer leur entreprise peuvent y participer. Une fois le programme terminé, Peruventures met en place un système de suivi et d’évaluation, qui comprend un tableau de bord social. Tous les indicateurs sont adaptés au contexte local.

Parmi leurs outils pour développer les micro-entreprises, Peruventures utilise les micro-franchises. L’ONG développe le produit, la marque, et aide ensuite les micro-entrepreneurs à devenir des franchisés.

Les femmes sont souvent plus nombreuses à participer au programme, puisque les hommes ont plus souvent déjà un emploi et ressentent donc moins le besoin de créer leur entreprise. Peruventures travaille surtout hors de Lima, en particulier dans le nord du pays.

 

juil 11

Delizia et les éleveurs de l’Altiplano : une nouvelle chaîne de valeur pour le développement local

Comment améliorer le sort des petits éleveurs de l’Altiplano bolivien de manière durable ? Nous avons rencontré l’entreprise Delizia à La Paz, qui nous a expliqué comment elle avait contribué à faire évoluer le marché du lait, et changer la vie de centaines de petites exploitations agricoles.

 

La trappe à pauvreté de l’élevage dans l’Altiplano

L’Altiplano est une zone rurale très peu dense à l’Ouest de la Bolivie, frontalière du Chili et du Pérou. C’est également l’une des zones les plus pauvres du pays, où les opportunités économiques sont très limitées. Le secteur agricole est dominant, mais il est aussi très peu rentable et n’assure que des revenus très faibles aux familles. Les éleveurs sont nombreux à produire du lait, notamment pour en faire du fromage, mais les qualités produites sont faibles et la saisonnalité importante. Il s’agit uniquement d’exploitations de petite échelle dont la productivité est faible.

Ces familles manquent d’infrastructures agricoles de base, comme étables et mangeoires pour le bétail, et sont peu professionnalisées, ce qui affecte la productivité des exploitations et augmente leurs saisonnalité. En hiver (juillet-août) la productivité chute de 30 à 40%.

Les éleveurs ne sont pas en mesure d’augmenter leur production afin de répondre à la demande du marché et augmenter leurs revenus. Plusieurs facteurs sont en cause :

  • Le manque de professionnalisation et l’absence d’infrastructure expliquent la faible productivité des exploitations. Des investissements seraient nécessaires pour augmenter la production. Mais les revenus des éleveurs sont si bas qu’ils ne sont pas en capacité d’investir.
  • Pour produire plus, les éleveurs devraient acheter des vaches produisant plus de lait et devraient acheter des produits supplémentaires pour les nourrir. Or ils ne peuvent pas se permettre de tels investissements. Aucune institution financière ne serait prête à accorder un emprunt à un producteur individuel sans garantie ou un marché certain. C’est un cercle vicieux, une trappe à pauvreté.

 

Un marché à conquérir pour les producteurs de lait

Le pays produit 287 millions de litres de lait par an[1], mais en consomme 460 millions – le déficit est importé d’Argentine et du Chili. Ce déficit représentait une opportunité pour les producteurs de lait, si leurs capacités de production pouvaient augmenter. Les producteurs de l’Altiplano ont également un avantage comparatif dans la mesure les températures très basses de l’Altiplano rend leur lait riche en matière grasse, ce qui en fait un produit de choix pour l’industrie agroalimentaire.

 

Les difficultés d’approvisionnement de Delizia

Delizia est une entreprise bolivienne qui  vu le jour en octobre 1988. Elle est présente sur le marché des crèmes glacées, du lait, des yaourts et des desserts. L’entreprise se fournit auprès de producteurs laitiers locaux.  Elle compte aujourd’hui 670 salariés, tous en Bolivie.

Delizia rencontrait un problème d’approvisionnement en lait frais de la part des petits producteurs agricoles de l’Atliplano. L’entreprise avait du mal à bâtir des relations durables avec des fournisseurs de lait, et la haute saisonnalité de leur production poussait l’entreprise à rechercher d’autres fournisseurs.

 

La mise en place d’une nouvelle chaîne de valeur

 

Dans un premier temps, les éleveurs ont reçu un appui technique et une formation aux techniques agricoles et de gestion par l’ONG Save the Children. Le dispositif de microfinance a vu le jour par la suite.

Le prêt accordé sert obligatoirement à l’achat d’une vache plus productive que les vaches de l’Altiplano. Delizia a aidé les producteurs à acquérir du bétail péruvien pour ce projet. Les éleveurs achètent une première vache, puis une deuxième une fois que le premier emprunt est remboursé et que leurs revenus ont augmenté. Delizia achète le lait aux producteurs au prix du marché. C’est Delizia qui rembourse le prêt en retenant une partie du prix d’achat du lait. Ce mécanisme sert de garantie à l’institution de microfinance.

Deux partenariats stratégiques ont été mis en place pour ce projet :

  • Save the Children + institution de microfinance + éleveurs : Save the children a formé les éleveurs, et a appuyé l’institution de microfinance dans la définition du produit financier à créer pour les éleveurs.
  • Microfinance + Delizia + éleveurs : Sartawi propose ses produits financiers (prêt et micro-assurance) pour qu’ils puissent acquérir du bétail. Les éleveurs produisent du lait qu’ils vendent à Delizia, qui retient une partie du prix d’achat pour rembourser les emprunts.

Ce projet s’est appuyé sur les groups d’éleveurs, qui négocient les prix avec Delizia, soutiennent leurs membres et s’assurent que les emprunts sont remboursés. Mais c’est l’éleveur qui gère individuellement ses relations commerciales et financières, qui demeurent de sa seule responsabilité.

 

Le prêt

Chaque prêt est associé à un produit de micro assurance pour l’éleveur. Il a également la possibilité de souscrire à un produit de micro assurance pour chacune de ses vaches : si celle-ci décède, il a la possibilité d’en acquérir une nouvelle grâce à cette assurance. Ceci garantit également que les prêts peuvent être remboursés.

 

Une fois le prêt accordé, l’éleveur a l’obligation de revendre son lait à Delizia. Après remboursement, il est libre de vendre sa production à d’autres fournisseurs. Dans les faits, l’essentiel des éleveurs continue de revendre sa production à Delizia.

 

Résultats

402 familles avaient bénéficié d’un prêt entre 2008 et 2012. Parmi elles, les effets suivants ont pu être constatés :

  • La production de lait mais aussi la productivité ont augmenté.
  • Le revenu familial moyen a augmenté de 42 % en six mois (concomitant à la hausse du prix du lait) passant de 189 $ à 269 $ en moyenne.
  • La relation entre les producteurs et l’entreprise Delizia s’est renforcée, grâce à l’instauration d’un climat de confiance.
  • Tous les éleveurs sont parvenus à rembourser leur emprunt.

Les fermiers sont sortis de la trappe à pauvreté : ils sont devenus des entrepreneurs agricoles qualifiés, au sein d’une chaîne de valeur durable, dans laquelle ils ont accès à des produits financiers et à des relations commerciales, qui leur permettront encore de se développer.

Pour l’entreprise Delizia :

  •  La collecte mensuelle de lait a augmenté, ainsi que le nombre de fournisseurs.
  • La qualité du lait récolté s’est améliorée, ainsi que celle des produits.
  • La relation entre l’entreprise et ses fournisseurs a changé : cette relation « gagnant-gagnant » a crée la confiance.
  • Son positionnement stratégique s’est amélioré par rapport à ses concurrents.

 

Enseignements

  • Un partenariat gagnant-gagnant : C’est parce que ce projet est directement lié au cœur de métier de chacun que cette nouvelle chaine de valeur peut durer. Chaque acteur bénéficie de la mise en place du projet : les éleveurs se sont enrichis, et Delizia a trouvé une réponse à ses problèmes d’approvisionnement.
  • Un intermédiaire du terrain est nécessaire pour faire se rencontrer des univers différents et permettre à de tels partenariats de voir le jour. Ici c’est Save the children qui a permis de faire mieux se connaitre Delizia et ses fournisseurs, et de bâtir entre eux une relation de confiance.
  • C’est grâce à une stratégie d’empowerment des éleveurs que la nouvelle chaine de valeur peut se développer dans le temps. L’accompagnement et l’appui techniques ont été indispensables à la réussite du projet, les financements seuls n’auraient pas été suffisants.
  • Les objectifs, le fonctionnement et la mise en place de cette nouvelle chaine de valeur sont adaptés au contexte local.
  • C’est grâce à des relations de confiance entre chaque acteur que cette nouvelle chaine de valeur a vu le jour. Chacun a besoin de l’autre sur ce nouveau marché du lait, d’où la durabilité de la chaine de valeur mise en place.

[1] Source : Save the children

juin 05

Brésil: une croissance durable ?

Le Brésil est le cinquième pays le plus peuplé du monde, avec près de 200 millions de personnes : les questions sociales et environnementales y prennent des proportions différentes de celles auxquelles nous sommes habitués en France et en Europe.

A Porto Alegre, capitale de l’état le plus au sud du Brésil, j’ai demandé docteur en préservation de l’environnement quelles étaient les priorités actuelles du Brésil en termes d’écologie, et il a fourni une réponse très intéressante :

« Vous pouvez poser cette question partout, mais vous obtiendrez un éventail de réponses différentes de la part de chaque personne. Les journalistes vous parleront de la forêt amazonienne qui se réduit chaque jour, et des projets de barrages géants dans le Sud. Tout le monde a une opinion différente.
Mais ce sur quoi vous devriez vous pencher, c’est le changement radical dans la structure de la société brésilienne au cours des 25 dernières années: l’émergence d’une classe moyenne. La société brésilienne est divisée en 5 grandes classes sociales, de A à E, A étant les plus riches. La classe «C» est considérée comme la classe moyenne. (1)
Au cours des 25 dernières années, la classe C est passée de 20 à 80 million de personnes, en même temps que le Brésil redevenait une démocratie et embrassait sans retenue le modèle consumériste nord-américain.
Nous sommes face à un défi majeur: comment répondre à toutes les «nouveaux» besoins de cette classe moyenne? Allez-vous faire « plus de la même chose », plus de téléviseurs, de voitures, et de modes de vie à fortes émissions de gaz à effet de serre? Ou allez-vous essayer de répondre à ces besoins d’une manière nouvelle et différente, qui soit plus respectueuse de l’environnement et tente de contenir la croissance de l’empreinte écologique de l’ensemble de la population? « 

Ce point de vue m’a pris au dépourvu sur le moment, puis en y repensant et en parlant avec d’autres professeurs, des professionnels, et même des étudiants, je me suis dit qu’il contenait une des clés de l’avenir du Brésil.

La croissance démographique est concentrée dans les villes, en raison de l’exode rural entres autres, et parce que le Brésil n’a pas terminé sa transition démographique. Trafic, production de déchets, consommation d’énergie, sont en croissance très rapide, et les services publics peinent à suivre. Parmi  mes propres amis et connaissances, quelques-uns ont changé de ville ou de quartier principalement pour échapper aux embouteillages ou se rapprocher de leur lieu de travail.

Les statistiques sur la corruption, le travail des enfants, et la discrimination s’améliorent, même si il reste beaucoup à faire:
– L’actuelle présidente Dilma Roussef a déjà renvoyé plusieurs ministres de son propre gouvernement qui ont été reconnus coupables de corruption, se montrant sur ce point plus volontaire que son prédécesseur. Le Brésil a gagné deux places depuis 2009 dans l’indice de Transparency International sur la corruption, se situant en 2011 à la 73e place.

Children's right image

– Le travail des enfants a été traité par plusieurs politiques nationales, par exemple le programme « Bolsa Familia », qui redistribue des ressources aux familles les plus pauvres et contribue à briser le cycle de l’extrême pauvreté. Les familles reçoivent une allocation mensuelle d’environ 12US $, et ceux qui ont des enfants doivent les garder à l’école de bénéficier du programme. La somme est versée sur une carte nominative, les chiffres de 2011 montrent que les dépenses sont concentrées sur les achats de nourriture, vêtements, et matériel scolaire. Les repas gratuits dispensés à l’école acte comme une incitation supplémentaire pour les parents d’envoyer leurs enfants à l’école.

Bolsa Familia

– En 2011, une discrimination positive mise en œuvre par les universités a soulevé un vif débat national, culminant dans un jugement de la Cour suprême qui a confirmé le droit pour les universités à utiliser les quotas pour les étudiants issus de minorités. Ce n’est pas une solution en soi, mais une démonstration que la question est abordée, après des décennies de l’ignorer.
Les taux de criminalité ont quelque peu diminué au cours des cinq dernières années:
– L’occupation militaire des favelas de Rio de Janeiro, très médiatique, a effectivement enlevé les trafiquants de drogue de ces zones et désenclavé des communautés isolées.
– En arrière-plan, les différentes politiques publiques, combinée à la philanthropie d’entreprise et le travail des ONG nationales comme internationales ont réduire les statistiques d’inégalités, en contribuant à une meilleure répartition des opportunités économiques et une redistribution de la richesse du pays.
– À un niveau très local, dans les quartiers de la plupart des grandes villes, l’implication de trafiquants de drogue avec la vie quotidienne et de la sécurité est encore très palpable, et un changement durable des habitudes va prendre des années à obtenir.
Quant à l’avenir proche, il est facile de prédire que la croissance économiques et l’attention portée au Brésil de manière générale vont continuer de croître : la prochaine coupe du monde de football et les Jeux Olympiques vont d’apporter davantage d’investissements commerciaux et les alimenter les intérêts du tourisme pour les cinq prochaines années.

Olympics_2016

(1) définie comme les ménages avec un revenu mensuel entre 450 et 745 US$

Sources (en anglais) :

– United Nations’ « What’s going on? Child Labor in Brazil »

Transparency International – Country Profiles

FACTBOX: Brazil’s new middle class | Reuters

– « The world guide to CSR », Dr. Wayne Visser (Ed Greenleaf Publishing, 2010)

juin 05

RSE sans frontières vous présente son nouveau partenaire, AgendaRSE, Argentine !

RSE sans frontières vous présente son nouveau partenaire, AgendaRSE, Argentine!

Nous sommes très heureux de vous annoncer que nous venons de lancer un partenariat avec AgendaRSE, une organisation argentine. AgendaRSE a été créé par Maria Florencia Segura (dont vous pouvez lire une interview sur la RSE en Argentine ici), une spécialiste argentine de la responsabilité d’entreprise.

Maria Florencia Segura vient de lancer un programme de formation sur la responsabilité des organisations en partenariat avec Agenda RSE.

Ensemble nous partagerons les bonnes pratiques entre l’Europe et l’Amérique du Sud, et nous publierons des articles et des interviews sur ce site pour vous aider à découvrir les meilleurs exemples de responsabilité sociale des deux côtés de l’Atlantique !

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